Tribune

lundi 20 avril 2015
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Nous, grévistes de Radio France, reprenons la parole

Après 28 jours d’antennes muettes ou perturbées, vous nous retrouvez sur les ondes. C’est le temps qu’il a fallu pour que notre voix compte à nouveau.

Cette grève de presqu’un mois restera comme un mouvement emblématique dans l’esprit de beaucoup, mais pour nous, elle marque aussi et surtout les débuts d’un contre-pouvoir fort et transversal au sein de la radio de service public. Femmes de ménages, agents d’accueil et de sécurité, techniciens, chargés et attachés de production, réalisateurs, producteurs, journalistes, CDD ou CDI, se sont exprimés ensemble dans des Assemblées Générales combles et créatives. Autour d’une intersyndicale qui elle aussi, continue à se battre pour la défense du service public de la radio.

Au fil de cette mobilisation sans précédent, des mouvements, des collectifs et des associations se sont constitués* pour dénoncer la gestion catastrophique de notre entreprise et refuser que des suppressions d’emplois compensent le désinvestissement de l’Etat et la gabegie du chantier de réhabilitation. Des salariés déterminés ont uni leurs forces pour dénoncer les menaces qui pèsent sur le contenu des antennes : vision purement comptable, dérive vers le talk-show ou les robinets à musique au détriment du documentaire et des reportages longs, uniformisation des programmes notamment sur le réseau France Bleu, priorité à la promotion d’artistes, d’experts, d’événements, plutôt qu’à l’enquête ou au décryptage, tendance au "vu à la télé", au détriment de la découverte.

« Nous sommes une radio de l’offre, pas une radio de marketing », comme le résumait Philippe Meyer dans une tribune. « Le mérite de Radio France a toujours été de proposer à ses publics des émissions dont ils ne savaient pas encore avoir envie ». N’est-ce pas cela la modernité ?

Une vision de la radio de demain que nombre d’auditeurs ont soutenue pendant cette grève. Nous avons été profondément touchés et confortés dans notre combat par la multitude de messages et d’actions de soutien qui nous sont parvenus chaque jour. Mais nous avons aussi été déçus par les caricatures et les mensonges. Certains ont voulu faire croire que notre engagement était corporatiste, alors qu’il s’agit d’une bataille d’une tout autre dimension, pour la sauvegarde de nos missions de service public. Nous avons enfin été étonnés par le silence des habitués de nos studios : intellectuels, artistes lancés sur nos antennes, politiques - à quelques exceptions près. Sans doute n’ont-ils pas pris la mesure de ce qui se joue en ce moment à Radio France. Il n’est pas trop tard.

Toutes nos revendications n’ont pas été satisfaites. Certaines restent suspendues à la médiation qui commence et que nous suivrons avec une grande vigilance. Nous ne nous laisserons pas imposer un Contrat d’Objectif et de Moyens qui prévoit 380 suppressions d’emplois, alors que les équipes se sont adaptées depuis des années à une baisse des ressources. Les salariés précaires en payent déjà le prix. Nous ne nous laisserons pas imposer un plan de restructuration qui prévoit de gonfler encore l’encadrement et ses hauts salaires, au détriment de ceux qui fabriquent 100% des programmes de Radio France.

Aujourd’hui la grève s’arrête mais la colère et la mobilisation ne s’éteignent pas. Elles ont libéré les paroles, et nous ne nous tairons plus. Mathieu Gallet sort de ces 28 jours recroquevillé dans son beau bureau. Nous, salariés, à nouveau debout. Ensemble.

*Le Meilleur des Ondes (http://lemeilleurdesondes.blogspot.fr), la Sparf, société des producteurs associés de Radio France, la Satmo, société des techniciens et metteurs en onde de Radio France.


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